
On trouvait aux Îles-de-la-Madeleine, particulièrement sur la plage de la Grande-Échouerie, la plus grande concentration de morses (vaches-marines) du monde. Dès la découverte de cette riche faune marine par les Européens au 16ième siècle, l'histoire de son extermination a malheureusement commencé.
L'abondance de mollusques dans les eaux du Golfe St-Laurent attirait une multitude de mammifères marins et les immenses plages de sable représentaient de magnifiques lieux de repos et de mises-bas pour les morses. Jacques Cartier mentionna le premier leur présence en 1534. Par la suite, Samuel de Champlain fit miroiter la grande source de profit que représentait ces morses, tant pour leur ivoire, que leur peau et leur huile.

En fait, on utilisait la peau du morse pour fabriquer des cordages, amarres et harnais très solides et l'huile pour la confection de savon, de chandelle et de lubrifiant. Les bretons, les basques et amérindiens* furent les premiers à exploiter commercialement le morse et, à l'arrivée des britanniques commandés par Charles Leigh en 1597, ces derniers furent chassés de ce territoire convoités. L'exploitation du morse aux Îles-de-la-Madeleine a donc donné lieu à la première bataille franco-anglaise au Canada.
Vers 1670, il n'y avait plus de morses dans le St-Laurent et en 1720, ceux réfugiés le long des côtes de la Côte-nord furent exterminés. Il ne restait plus qu'aux Îles-de-la-madeleine que Peter Frederick Haldiman, lieutenant d'un vaisseau anglais, relevait encore 140 000 morses. Bon an, mal an, le colonel Richard Gridley rapportait chez lui, vers 1765, un millier de barriques totalisant 75 tonnes d'huile; mais on commençait déjà à constater que les méthodes de chasse étaient trop efficaces et les mesures de protection insuffisantes. En 1783, on dénombrait 1500 bateaux venus pêcher, et chasser le morse. Près de la moitié étaient de flotte américaine. En 1798, le gouverneur de Terre-neuve demanda une enquête et le capitaine Crofton révéla alors l'anéantissement de la chasse aux morses aux Îles.
Tout ce qui reste de signes visibles de cette chasse historique aux morses surgit de temps à autre du sable des Îles. Quelquefois, un morceaux d'os pétrifié, une défense, ou plus rarement, une partie de crâne ou tout un crâne, est révélé par l'érosion et les marées des Îles.
Des amateurs d'ivoire du Canada et des États-Unis continuent à s'intéresser à ces défenses fossilisées qui font de magnifiques objets d'art, manches de couteaux ou bijoux. Annuellement, des acheteurs viennent s'enquérir des découvertes des Îles pour les acheter. On ne peut s'empêcher de penser qu'un jour, ces vestiges disparaîtront à jamais et qu'il ne restera vraiment plus rien pour nous rappeler ce passé.
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Sources: Bruemmer, Fred, "Disparition aux Iles-de-la-Madeleine", Magazine Biosphère 1992
Clark, Leonard D., "La voie des vaches-marines vers l'extinction", Journal Le Radar, 10 janvier 1997.
* voir la photo d'un harpon en bois de caribou trouvé à Pointe-aux-Loups
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